Georges Simenon

  • Biographie de Georges Simenon

    Georges Joseph Christian Simenon est un écrivain belge francophone. Il est né à Liège, officiellement, le 12 février 1903. Sa vie commence par un mystère, il serait né le vendredi 13 février, mais déclaré le 12 par superstition. Il est mort à Lausanne le 4 septembre 1989.

    Simenon était un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son propre nom et 176 romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous 27 pseudonymes. Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Annuaire Statistique de l'UNESCO de 1989, le dix-huitième auteur toutes nationalités confondues, le quatrième auteur de langue française, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde.

    André Gide, André Thérive et Robert Brasillach furent les premiers à le reconnaître comme un grand écrivain. André Gide a dit de lui : « Simenon est un romancier de génie et le plus vraiment romancier que nous ayons dans notre littérature d'aujourd'hui », alors que le philosophe Hermann von Keyserling déclara :« C'est un imbécile de génie ».

    Il a été choisi comme un des Cents Wallons du siècle, par l'Institut Jules Destrée, en 1995.

    Simenon est né au 2e étage du « 26 (aujourd'hui 24) rue Léopold » à Liège. Il est le premier fils de Désiré Simenon, comptable dans un bureau d’assurances, et d’Henriette, mère au foyer, treizième enfant issue d’une famille aisée, mariés le 22 avril 1902. Fin avril 1905, la famille déménage au « 3, rue Pasteur » (aujourd'hui 25, rue Georges Simenon) dans le quartier d’Outremeuse. On retrouve l’histoire de sa naissance au début de son roman Pedigree.

    La famille Simenon est originaire du Limbourg belge, une région de basses terres proches de la Meuse, carrefour entre la Flandre, la Wallonie et les Pays-Bas (voir aussi Euregio Meuse-Rhin). La famille de sa mère est aussi originaire du Limbourg, mais du côté hollandais ; plat pays de terres humides et de brumes, de canaux et de fermes. Du côté de sa mère, il descend de Gabriel Brühl (paysan et criminel de la bande des verts-boucs qui, à partir de 1726, sous le régime autrichien, écuma le Limbourg, rapinant fermes et églises, et qui finit pendu en septembre 1743 au gibet de Waubach). Cette ascendance explique peut-être l'intérêt particulier que porta le commissaire Maigret aux gens simples devenus assassins. Le Limbourg apparaît aussi. Simenon a logé quelques semaines à Neeroeteren, notamment dans une maison qui lui inspira le roman La Maison du Canal.

    En septembre 1906 naît son frère Christian qui sera l’enfant préféré de sa mère, ce qui marquera profondément Georges. Ce malaise se retrouvera dans des romans comme Piotr-le-Letton et Le Fond de la bouteille. Il apprend à lire et à écrire dès l’âge de trois ans à l’école Sainte-Julienne pour les petits. À partir de septembre 1908, il suit ses études primaires à l’Institut Saint-André où durant les six années qu’il y passera jusqu’en juillet 1914, il se classera toujours dans les trois premiers.

    En février 1911, la famille s’installe dans une grande maison au « 53 rue de la Loi » où la mère va pouvoir louer des chambres à des locataires, étudiants ou stagiaires, de toutes confessions et origines (russe, polonaise ou belge). Ce fut pour le jeune Georges une extraordinaire ouverture au monde que l’on retrouvera dans nombre de ses romans comme Pedigree, Le Locataire ou Crime impuni. À peu près à cette époque, il devient enfant de chœur, expérience que l’on retrouvera dans L’Affaire Saint-Fiacre et dans Le Témoignage de l’enfant de chœur.

    En classe de sixième, en septembre 1914, il entre chez les Jésuites, au collège Saint-Louis, et dès l'âge de douze ans, il décide de vouer sa vie au roman. Lors de l’été 1915, il connaît sa première expérience sexuelle avec une « grand fille » de quinze ans, ce qui sera pour lui une véritable révélation, complètement à l’encontre des préceptes de chasteté promus par les pères jésuites. Il poursuivra sa scolarité dans un autre collège jésuite de Liège, Saint-Servais, qui prépare aux sciences et aux lettres et où il passera trois années de sa scolarité. Cependant le futur écrivain est toujours mis un peu à l’écart par ses camarades plus fortunés, et si il s’était éloigné de la religion suite à l'enseignement reçu à Saint-Louis, il trouve au collège Saint-Servais maintes raisons de haïr les riches qui lui font sentir son infériorité sociale.

    Un jour de l'année 1916, le médecin de la famille Simenon fit appeler le jeune Georges pour lui dire que son père n'avait pas plus d'une année à vivre et qu'il lui fallait travailler. Cette révélation bouleverse le jeune Georges. En février 1917, la famille déménage pour s’installer dans un ancien bureau de poste désaffecté du quartier d’Amercœur. En juin 1918, prétextant les problèmes cardiaques de son père, il décide d’arrêter définitivement ses études, sans même participer aux examens de fin d'année ; s'ensuivent plusieurs petits boulots sans lendemain (apprenti-pâtissier, commis de librairie).

    En janvier 1919, en conflit ouvert avec sa mère, il entre comme reporter à la rubrique « faits divers » du journal très conservateur La Gazette de Liège dirigée par Joseph Demarteau, troisième du nom. Cette période journalistique fut pour le jeune Simenon, juste âgé de seize ans, une extraordinaire expérience qui lui permet d’explorer les dessous de la vie d’une grande ville, les dessous de la politique mais aussi de la criminalité, de fréquenter et pénétrer la vie nocturne réelle, de connaître les dérives dans les bars et les maisons de passe; elle lui permet aussi d’apprendre à rédiger de façon efficace. Il écrira plus de 150 articles sous le pseudonyme « G. Sim ». Durant cette période, il s’intéresse particulièrement aux enquêtes policières et assiste aux conférences sur la police scientifique données par le criminaliste français, Edmond Locard. Outre ces thèmes que l'on retrouvera plus tard dans ses romans, l'influence catholique et « réactionnaire » de La Gazette de Liège l'ont conduit à signer, sous le titre « Le Péril juif », une série de 17 articles pugnaces, radicalement et fortement antisémites.

    En juin 1919, la famille déménage à nouveau pour revenir dans la quartier d’Outremeuse, dans la rue de l’Enseignement. Simenon y rédige son premier roman « Au pont des Arches », publié en 1921 sous son pseudonyme de journaliste. À partir de novembre 1919, il publie les premiers de ses 800 billets d’humeur, sous le nom de Monsieur Le Coq (jusqu’en décembre 1922). Durant cette période, il approfondit sa connaissance du milieu de la nuit, des prostituées, de l’ivresse d’alcool, des garçonnières en ville. Parmi ses fréquentations, il rencontre des anarchistes, des artistes bohèmes, et même deux futurs assassins, qu’on retrouvera dans son roman Les Trois crimes de mes amis. Il fréquente aussi un groupe artistique, dénommé « La Caque » mais sans réellement s'investir ; cependant, c’est dans ce milieu qu’il rencontre une étudiante en Beaux-Arts, Régine Renchon, qu’il épousera en mars 1923. Dans Quand j'étais vieux, Simenon (Presses de la Cité p.132) évoque (4 janvier 1961) l'influence qu'a eue sur lui le journal de la FGTB liégeoise La Wallonie, nomme André Renard, et auparavant (30 décembre 1960), la grève de 1960-1961 dont les images le font souffrir et lui donnent envie d'envoyer un télégramme « à la Wallonie qui est à la tête de la révolte du peuple belge » (sans qu'on puisse dire s'il s'agit du journal (La Wallonie) ou du pays (ou les deux).

    Durant toute cette période, lors de laquelle il fréquenta des bohèmes et des marginaux, il commença à caresser l’idée d’une véritable rupture, qu’il concrétisa après la mort de son père, en 1922, en partant s’installer à Paris avec Régine Renchon. Il choisit la vie d'artiste, découvre cette grande capitale et apprend à l’aimer pour ses délires, ses désordres et ses délices. Il part à la découverte de ses bistrots, bougnats, meublés, hôtels minables, brasseries et petits restaurants, qui lui offrent le beaujolais, l’andouillette et les petits plats mitonnés. Il y rencontre aussi le petit peuple parisien d’artisans besogneux, de concierges acariâtres et de pauvres types à la double vie.

    Il commence à écrire sous divers pseudonymes et sa créativité lui assure un succès financier rapide. À vingt ans, il abattait deux romans populaires par semaine à raison de 80 pages par jour.

    En 1928, il entreprend un long voyage en péniche dont il tire des reportages. Il y découvre l’eau et la navigation, qui deviendra un fil rouge tout au long de son œuvre. Il décide en 1929 d’entreprendre un tour de France des canaux et fait construire un bateau, l’Ostrogoth, sur lequel il vivra jusqu’en 1931. En 1930, dans une série de nouvelles pour Détective, écrites à la demande de Joseph Kessel, apparaît pour la première fois le personnage du commissaire Maigret.

    En 1932, Simenon part pour une série de voyages et de reportages en Afrique, en Europe de l’Est, en Union soviétique et en Turquie. Après une longue croisière en Méditerranée, il s’embarque pour un tour du monde en 1934 et 1935. Lors de ses escales, il effectue des reportages, rencontre de nombreux personnages, et fait beaucoup de photos. Il en profite aussi pour découvrir le plaisir auprès des femmes sous toutes les latitudes.

    Simenon et la région de La Rochelle [modifier]

    Dans l'œuvre de Simenon, trente-quatre romans et nouvelles se situent ou évoquent la ville de La Rochelle. Parmi les romans, dans lesquels apparaît cette ville et sa région, on peut citer : Le Testament Donnadieu (1936), Le Voyageur de la Toussaint (1941) et Les Fantômes du Chapelier.

    « La ville ce matin-là, ressemblait au La Rochelle de certaines gravures anciennes de Mme Brun. La marée était basse, le bassin presque vide de son eau. Les barques de pêche s’étaient peu à peu couchées dans la vase qu’on voyait, épaisse, sillonnée de minces ruisseaux…
    (…) Chaque jour, les lampes s'allumaient un peu plus tôt et la seconde vie de la ville commençait, celle des bonnes femmes de la campagne ou de La Rochelle, allant, silhouettes noires, se heurter comme des phalènes aux vitrines illuminées, celle des bureaux silencieux où, de la rue, on voyait des employés courbés sous des abat-jour verts, vie d’hiver plus animée dans les rues commerçantes, plus mystérieuse dans les ruelles où les becs de gaz servent de point de rendez-vous et où l’on s’étreint sous les porches.

    Dans le port, l’eau sentait plus fort, les bateaux se soulevaient davantage au rythme de la marée, les poulies grinçaient et tous les petits bistrots d’alentour étaient saturés de l’odeur du rhum chaud et de la laine mouillée. »
    — Extrait du Testament Donnadieu

    l découvre La Rochelle en 1927 alors qu’il passe ses vacances à l’île d'Aix, fuyant l' attraction de Joséphine Baker dont il était l’amant. Cette année là il découvre aussi une passion pour la navigation, et c’est lors d’une course en bateau qu’il débarque sur les quais de La Rochelle et va prendre un verre au café de la Paix qui va devenir, plus tard, son quartier général et qui sera le lieu central de son roman Le Testament Donadieu. C'est dans ce café, en 1939, qu’il apprend en écoutant la TSF la déclaration de guerre ; il commande alors une bouteille de champagne, et faisant face à l’incompréhension des présents, il dit : « Au moins, celle-là, on est sûr qu’elle ne sera pas bue par les Allemands ! ».

    D'avril 1932 à 1936, il s’installe avec son épouse « Tigy » à La Richardière, une gentilhommière du XVIe siècle, sise à Marsilly, qu’il utilise comme décor du château des Donnadieu : « ce bâtiment de pierre grise avec sa tour coiffée d’ardoises, autour duquel une allée de marronniers, un petit parc, puis, serré, touffu, humide, coincé entre de vieux murs, un bois en miniature, deux hectares de chênes, domaine des araignées et des serpents ».

    Début 1938, il loue la villa Agnès, à La Rochelle, avant d’acheter en août 1938 « une simple maison des champs » à Nieul-sur-Mer. Son premier fils, Marc Simenon, y naquit en 1939.

    Pendant toute la guerre, entre 1940 et 1945, Simenon a continué à vivre en Charente-Maritime, mais cette période, assez mal connue, est sujette à de multiples soupçons. Représentant de l'état Belge auprès des Belges réfugiés, son antisémitisme crapuleux renaît, il refuse d'aider les juifs belges réfugiés. Non seulement son frère fut volontaire auprès de la waffen SS wallonie, mais de plus, selon certaines personnes, lors de cette période cruciale de sa vie et de son œuvre, l'écrivain aurait été un collaborateur — comme le dit ambigument Pierre Assouline dans sa biographie consacrée à Simenon. Alors que Michel Carly dans Simenon, les années secrètes — d'après son enquête et les témoignages recueillis — affirme que Simenon n'a pas été un « collabo », mais que, comme beaucoup à cette époque, il a été un peu lâche (il n'est pas revenu en Belgique afin d'échapper au service militaire), un peu rusé, et opportuniste, sans aucun sens de l'histoire avec un grand «H». Il a commis d'« énormes imprudences » en écrivant dans des journaux contrôlés par les Allemands, mais Simenon ne dénonce pas, ne s'engage pas, pas de politique, seulement de la fiction. En 1944, une dépêche de l'AFP, retrouvée à Poitiers, mentionne sa dénonciation pour « intelligence avec l'ennemi » par « certains villageois Vendéens exaspérés par la conduite égoïste de cet écrivain affichant l'opulence de son train de vie, à l'époque des tickets d'alimentation ». D'autre part, la « Gestapo a soupçonné Simenon d'être juif, tablant sur une confusion entre Simenon et Simon, patronyme d'origine israélite ».

  • Biographie de Georges Simenon

    Lors de cette période, Simenon, qui n'est plus libre de ses mouvements, écrit énormément, vingt romans dont seulement trois Maigret. Parmi eux de nombreux chefs-d'œuvre et paradoxalement, dans l'intrigue de ses romans, la grande présente c'est la Charente-Maritime, décrite comme « une région lumineuse, impressionniste, où la mer rejoint la terre. Un plat pays » comme une lointaine nostalgie de son Limbourg familial.

    La vision ambiguë que Simenon avait de la région et de la bourgeoisie locale a quelquefois offusqué ses habitants. Toutefois en 1989, la ville lui a rendu hommage, de son vivant, en baptisant du nom de Georges-Simenon le quai situé en face du bassin des Grands Yachts. Déjà très malade, il n'a pu faire alors le déplacement. En 2003, un autre hommage a eu lieu en présence de son fils, John Simenon.

    Simenon passe donc la Seconde Guerre mondiale en Vendée et entretient une correspondance avec André Gide. Son dernier roman écrit en Vendée Le Cercle des Mahé a pour thème la crise de la quarantaine. En 1945, au sortir de la guerre, il part s’installer au Canada, dans la contrée Laurentienne, au nord de Montréal. Lors de son séjour au Domaine L'Estérel (Sainte-Marguerite du Lac-Masson), développement immobilier de syle art déco réalisé grâce aux investissement du Baron Belge Louis Empain, il travaillera dans une des Log Cabin (LC5). Il y écrivit trois romans dont "Trois Chambres à Manhattan". C'est lors de ce séjour qu'il rencontre son épouse Denise Ouimet. Il quitte par la suite pour lesÉtats-Unis, d'abord en Californie, puis en Floride et dans l'Arizona, avant de s'installer à Lakeville dans le Connecticut, dans une propriété nommée Shadow Rock Farm dont la grande maison de dix-huit pièces comportant huit chambres à coucher et six salles de bains. Il parcourt pendant dix années en voiture cet immense continent, afin d’assouvir sa curiosité et son appétit de vivre, il visite intensément New York, la Floride, l’Arizona, la Californie et toute la côte est, des milliers de miles, de motels, de routes et de paysages grandioses.

    Il découvre aussi une autre façon de travailler pour la police et pour la justice et rencontre aussi sa seconde épouse, la canadienne Denise Ouimet, plus jeune de dix-sept ans. Il vit avec elle une passion faite de sexe, de jalousie, de disputes et d’alcool. Pendant les sept premières années qu'il passe en Amérique, il écrit 35 livres dont certains ont atteint dans la traduction anglaise des tirages de 500 000 exemplaires : « Je suis bien en Amérique, parce que là-bas il n'y a pas de cafés littéraires où des intellectuels racontent les romans qu'ils n'écriront jamais ». Dès cette époque, les étudiants en langue française des universités américaines commencent à étudier l'œuvre de Simenon.

    En 1952, il est reçu à l’Académie royale de Belgique, et revient définitivement en Europe en 1955. Après une période mouvementée sur la Côte d'Azur à côtoyer la jet-set, il finit par s’installer en Suisse à Epalinges au nord de Lausanne, où il se fait construire une gigantesque maison. En 1956, il participe à un ballet, « La Chambre», pour la Compagnie Roland Petit, et raconte, sur une musique de Georges Auric et dans un décor de Bernard Buffet, une histoire policière. Satisfait du travail accompli, il écrit, avec son vieil ami Georges Auric, un opéra où il fera chanter des policiers et des mauvais garçons. En 1960, il préside le festival de Cannes ; cette année-là, la prestigieuse Palme d’or fut attribuée au film culte La Dolce vita de Federico Fellini.

    En 1972, il renonce au roman, mais n’en a pas fini avec l’écriture et l’exploration des méandres de l’homme, à commencer par lui-même: il rédige une longue autobiographie de 21 volumes, dictant tout sur un petit magnétophone : « Des idées, je n’en ai jamais eu. Je me suis intéressé aux hommes, à l’homme de la rue surtout, j’ai essayé de le comprendre d’une façon fraternelle… Qu'ai-je construit ? Au fond, cela ne me regarde pas. »

    Le suicide de sa fille Marie-Jo endeuille ses dernières années. À 86 ans, Georges Simenon s'éteint à son domicile lausannois à l'aube du 4 septembre 1989 ; son corps est incinéré le 6. De nuit, Téresa jette ses cendres sur l'herbe du jardin, dans l'ombre du cèdre du Liban, les mêlant à celles de sa fille.

    À la différence de beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui qui essayent de construire une intrigue la plus complexe possible, comme un jeu d’échecs, Simenon propose au final une intrigue simple, mais un décor et des personnages forts, un héros attachant d’humanité, obligé d’aller au bout de lui-même, de sa logique.

    Le message de Simenon est complexe et ambigu : ni coupables, ni innocents mais des culpabilités qui s’engendrent et se détruisent dans une chaîne sans fin. Les romans de l’écrivain plongent surtout le lecteur dans un monde riche de formes, de couleurs, de senteurs, de bruits, de saveurs et de sensations tactiles ; on y entre dès la première phrase…

    « À la gare de Poitiers, où elle avait changé de train, elle n’avait pas pu résister. (…) Il faisait vraiment chaud. On était en août et l’express qui l’avait amenée de Paris était bondé de gens qui partaient en vacances. Furtivement, fouillant son sac pour y chercher de la monnaie, elle avait balbutié :
    — Servez-m’en un autre. »
    — Extrait de Tante Jeanne

    Le critique Robert Poulet avait dit : « Presque tous ses récits commencent par cent pages magistrales, auxquelles on assiste comme à un phénomène naturel, et à l’issue desquelles on se trouve infailliblement devant une certaine quantité de matière vivante dont un autre Simenon s’empare alors pour en tirer des surprises et des drames beaucoup moins habilement. » Il avait aussi précisé que Simenon était meilleur dans la peinture des états que dans celle des actions, définissant son univers comme statique.

    Hors commissaire Maigret, ses meilleurs romans sont basés sur des intrigues situées dans des petites villes de province, où évoluent de sombres personnages à l’apparence respectable, mais qui ourdissent de ténébreuses entreprises, dans une atmosphère sournoise et renfermée, dont les meilleurs exemples sont les romans Les Inconnus dans la maison et Le Voyageur de la Toussaint, mais aussi Panique, Les Fiançailles de M. Hire, La Marie du port et La Vérité sur bébé Donge.

    Jean-Louis Dumortier (Georges Simenon, Labor, Bruxelles, 1990) écrit que même si pour les Wallons, Simenon est le plus célèbre des représentants des lettres belges de langue française, il n'est pas facile de le rattacher immédiatement à l'histoire de cette littérature. Il a fui Liège pour des raisons étrangères à cela et c'est Paris qui l'a consacré où, au départ, il n'a écrit que ce qui était considéré comme de la paralittérature pour gagner sa vie, ce qui ne le disposait pas à être reconnu immédiatement par la critique belge. Après 1945, il est couvert de gloire, mais ni comme Belge, ni comme Wallon. Et cela malgré l'admiration de quelqu'un comme André Gide qui a aussi fait un autre Wallon Maurice Grevisse.

    La consécration lui viendra (…) notamment de l'université de Liège, aux alentours des années 1970. Et cette reconnaissance académique est manière d'appropriation. Les travaux que l'écrivain suscite en Belgique à cette époque et depuis lors sont autant d'actes de revendications, de récupération : la Wallonie se rattache au fils prodige (…) loin de résister à la manœuvre, Simenon (…) l'a encouragée par un geste dont la signification est évidente. En 1977, il fait don de ses archives littéraires à l'université de Liège où le professeur Maurice Piron, avec ses assistants Jacques Dubois et Jean-Marie Klinkenberg, crée un Fonds et un Centre d'études Georges Simenon consacré à l'écrivain.

    On sait que Pedigree (publié en 1948 mais daté de 1943), représente une sorte d'autobiographie de Simenon, le plus grand roman que Liège ait jamais inspiré a écrit Maurice Piron dans Aspects et profils de la culture romane en Belgique (Mardaga, Liège, 1978). Simenon écrivit ce livre sous le choc d'un diagnostic d'un médecin en 1941 qui lui prédisait n'avoir plus que deux ans à vivre comme Maurice Piron le précisa dans La Wallonie, le Pays et les Hommes M.Piron retient que plusieurs romans de Simenon comme Le pendu de Saint-Pholien, La danseuse du Gai-Moulin, Les trois crimes de mes amis sont explicitement liégeois mais qu'il y a aussi des anomalies dans la description d'autres villes françaises qui s'expliquent par le fait que Simenon décrit en réalité sa ville natale à travers ces localités. Au-delà même des notations concernant les lieux il y a toute une sociologie qui se relie à la ville natale du romancier. Ce qui amène Maurice Piron à conclure

    Il y a, ainsi, plus qu'une empreinte qu'on parviendrait à localiser, une imprégnation liégeoise subtilement diffuse à travers toute l'oeuvre. On peut en trouver l'origine dans l'oeuvre elle-même, et à un point précis: c'est de nouveau vers Pedigree qu'il faut se tourner. Bien qu'il arrive loin dans la chronologie des écrits de l'auteur, Pedigree est réellement la matrice du roman simenonien.

    Ses romans font référence à 1 800 lieux du monde entier, et donnent vie à plus de 9 000 personnages.

    L’univers de Simenon est relativement statique, mais cela n’a jamais découragé les réalisateurs de cinéma, pourtant « art du mouvement », à porter sur grand écran son œuvre. Plus de cinquante films ont été tournés par le cinéma en France à partir d’une œuvre de Georges Simenon. Des dizaines d’autres ont été tournés par d'autres industries cinématographiques à travers le monde.

    Il fut le premier romancier contemporain à être adapté dès le début du parlant avec La Nuit du carrefour et Le Chien jaune, parus en 1931 et portés à l’écran dès 1932.

    Mais au final, les réussites sont assez rares, car entre la fidélité décevante et la trahison féconde, la ligne de partage est étroite, de nombreux réalisateurs (et des plus prestigieux : Jean Renoir, Maurice Tourneur, Marcel Carné, Henri Verneuil, Henry Hathaway, Claude Autant-Lara, Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier, Claude Chabrol…) s’y sont essayés avec plus ou moins de succès. Finalement, le choix de l’interprète s’est toujours avéré primordial, surtout pour le célèbre commissaire Maigret, car c’est autour de lui que va se structurer le film, sa personnalité, son humanité et sa présence, devant être aussi fortes que l’intrigue.

    Les acteurs qui ont interprété, au cinéma, le célèbre commissaire sont : Pierre Renoir qui fut un des meilleurs, Abel Tarride, Harry Baur qui fut aussi un des meilleurs, Albert Préjean qui fut le moins convaincant et le plus mal choisi, charles laughton, Michel Simon qu’on a juste entrevu, Maurice Manson, Jean Gabin qui sut habiter le rôle et lui donner une composition intelligente, Gino Cervi et Heinz Rühmann qui composa un « Maigret » savoureux et vraisemblable.

    Jean Gabin et Simenon étaient très amis et l’acteur a tourné un total de dix films adaptés de Simenon, dans lesquels il a su presque faire oublier son passé cinématographique et ses très nombreux rôles de mauvais garçon.


    Mis en page par thierry Demaret